Eryn

Eryn.
Elle s'appelait Eryn.
Elle s'appelait Eryn.

Ce Leitmotiv m'retient dans ce monde, à mesure qu'ils sortent mes organes brûlants de mon corps et les épandent sur le sol.

Elle s'appelait Eryn. La souffrance s'enfonce dans mon coeur à gros bouillons de sang, puis dans ma gorge à la suite de la lame de couteau, et je vomis des caillots et de la bile, par tous les trous de mon corps ravagé. Ils s'esclaffent et dansent sur mon cadavre encore chaud et tout juste conscient, maintenu en état d'éveil artificiel par les cocktails de dorphs qu'ils m'ont balancé dans les veines, pour les quelques secondes où je peux encore penser :

Elle s'appelait Ery...

Elle était toute petite. "Fine comme une étincelle" que j'disais, on avait dû bloquer sa croissance à douze ans, avec ses longs cheveux roux flamboyants... mais ces grands yeux, d'un bleu métallique, d'un bleu froid comme l'hiver sibérien, ces immenses iris, ils étaient bien trop âgés, bien trop ironiques pour un corps si jeune. Ils avaient dû couter une blinde, mais ça valait le coup.

J'l'ai aimée au premier regard. A la limite du supportable, dès l'instant où elle m'a sauté dessus. Notre relation était charnelle, et bien plus que ça.

J'étais grand et fort, 'voyez ; dans mes bras modifiés Gore-Tex 5.000, elle se sentait rassurée, protégée. Son petit corps, minuscule, faisait d'elle une proie facile pour tous les boostergangs; et elle se planquait dès qu'elle apercevait des Corpos ou des Cops, mais j'avais jamais osé lui demander pourquoi. Alors j'étais là pour elle, et quiconque cherchait à la faire souffrir goûtait à mes poings d'acier; ah, j'en ai brisé des nez et des machoires pour elle ! J'aurai fait n'importe quoi pour elle. N'importe quoi.

Je me suis réveillé, une nuit, en sueur, suffocant.

On marchait sur un chemin avec plein de gens. J'tenais Eryn par la main; ça s'passait du temps où les arbres poussaient encore, et où on voyait encore le soleil.

Puis d'un coup, les gens se sont arrêtés de marcher; ils se sont mis à tomber comme des mouches, en s'tordant de douleur.

Par terre, des centaines de minuscules crabes rouge et violet couraient sur le sol; ils nous poursuivaient, et dès qu'ils pinçaient un gars, le type s'éffondrait, et il se vidait d'son sang par tous les trous.

Les crabes se sont mis à courser Eryn, alors j'ai commencé à les écraser ; mais ils me pinçaient, mais j'm'en foutais, j'voulais la protéger. La douleur était forte, mais rien ne pouvait m'empêcher de la sauver...

...et là, tous les gens encore là ont levé la tête vers le ciel ; Eryn s'est mise à courir, et j'ai compris pourquoi : une pluie de flèches s'abbatait sur nous...

J'ai sursauté, et pleuré; j'avais encore son image, criblée de flèches, imprimée sur la rétine. Et ce sentiment d'impuissance... cette douleur...

"Un cauchemar..." m'a-t-elle sussuré à l'oreille. Sa voix douce, chaude, adorable, et ses grands yeux de glace m'ont calmé immédiatement. Je l'ai embrassée, serrée contre moi, au creux de mes bras, et là, blottie, elle s'est endormie, et moi aussi.

Puis, c'est arrivé. Le tram dans lequel nous étions est tombé en panne en plein milieu du suburb.

Exactement comme dans mon rêve.

J'me souviens des portes qui s'ouvrent, et des boosters qui montent dedans, de leurs piercings, de leurs battes électriques et leurs flingues à deux balles. Ils se sont mis à taper dans l'tas direct, mais moi j'pensais qu'à Eryn.

Alors j'ai balancé mes poings; c'est tout ce que je savais faire, de toute façon. J'ai jamais été doué pour penser, et c'est la seule chose que je sais, à part que j'aime Eryn.

J'ai poussé les couillons qui hurlaient et se débattaient pour fuir plus vite. On marchait sur des gens, mais c'était toujours une mort plus clémente que c'qui les attendait si un booster leur mettait la main dessus.

On est sorti d'la rame, les gens couraient dans tous les sens. Ca fait souvent ça quand une centaine de punks tombent sur une foule en étant armés jusqu'aux dents, dans le seul but de voir des tripes et du sang. Et des boyaux, y'en avait partout par terre et sur le tram. Ca piaillait, ça criait, et les keupons étaient morts de rire.

Comme dans mon rêve.

Alors j'ai voulu prendre Eryn sous un bras et me mettre à courir; mais elle était déjà trop loin, partie à toute berzingue, vers les hangars désaffectés à moitié en ruine un peu plus loin. J'ai gueulé, j'l'ai appelée, et elle m'a fait signe de la suivre.

Mais là, y'a un groupe de keupons qu'a pas trouvé de meilleure idée que de la montrer du doigt. C'est vrai qu'elle était belle ma Eryn, avec sa mini-robe blanche, et ses longs cheveux roux qui lui cascadaient jusqu'aux fesses; son petit corps de gamine lui allait tellement bien...

Pareil que dans mon rêve.

Alors j'ai couru après les boosters qui la coursaient elle. J'ai rattrapé le premier, et j'lui ai enfoncé mon poing dans la bouche, jusqu'à attraper la langue; j'l'ai arrachée, et j'l'ai laissé là, à suffoquer par terre dans sa propre salive.

Le deuxième, un simple fauchage, et il s'est empalé sur son propre coutelas de chasse. Il aura chassé que son propre gras celui-là.

Le dernier, il était trop loin. Il l'avait presque à portée de doigts... j'arrêtais pas de penser "Non, NON, NOOON !!!", ça pouvait pas se finir comme ça...

...le gars s'est affalé à plat ventre, touché en plein dos par une mun' incandescente. Y'a qu'les cops pour utiliser ça.

Alors j'ai levé le nez, comme tout le monde.

En l'air, y'avait toute une patrouille de Vyperz Cops qui flottaient à 10m du sol, toutes portes ouvertes, lasers et scanners de tous les côtés pour savoir qui était qui.

Exactement comme dans mon rêve.

Alors, comme au ralenti, j'ai vu Eryn s'arrêter de courir, regarder en l'air, puis repartir de plus belle, alors qu'un scanner se pointait sur elle.

Toujours au ralenti, j'ai vu le Punk s'élancer vers moi avec sa batte électrifiée.

Encore au ralenti, j'ai vu le condé scanner Eryn, hausser les sourcils, armer son shotgun, et presser la détente.

Puis le temps est reparti à toute vitesse : la balle a fendu les airs pour shooter Eryn en plein milieu du dos, la faisant voler sur 5m puis s'étaler à plat ventre sur le sol; le policier s'est marré; la batte de baseball a rencontré mon nez.

Noir total.

J'me suis réveillé dans le labo d'un charcudoc clandestin. A en juger par le nombre de foetus modifiés et de mains dans des bocaux, j'en ai déduit que c'était le Medtechie d'un boostergang. Sûrement le gang qui a attaqué le tram...

Alors ils se sont ramenés. Ils étaient 2. Entre eux, ils portaient Eryn, encore consciente, mais incapable de bouger. On aurait dit une petite poupée, avec ses grands yeux bleus, et son petit corps mou. La balle avait pété sa colonne vertébrale, mais ça l'avait pas tuée. Elle était juste capable de bouger la tête et les yeux, mais aucun son ne sortait de sa bouche; ils avaient dû la droguer juste assez pour qu'elle soit consciente sans pouvoir rien y faire.

J'étais attaché sur la table d'opération, qui avait été relevée pour que je puisse admirer le spectacle. Et j'ai rien manqué.

Y'en a un qui la tenait, par derrière, les bras dans l'dos; il venait de lui péter les clavicules à coups de genoux. Il a baissé son froc, et il l'a fourée comme ça, pendant que l'autre aiguisait son couteau; et j'ai vu le poignard s'enffoncer dans le ventre de ma Eryn, et la découper centimètre par centimètre jusqu'à la gorge. Avec les excitants qu'ils lui avaient donnés, ça la maintenait en vie; quand il a commencé à décoller la peau de ses jolis petits seins, pendant que l'autre la prenait par derrière, j'ai vu son minuscule coeur qui battait la chamade, et ses poumons qui se gonflaient, et se remplissaient peu à peu de sang, goutte par goutte.

Mais ça allait pas assez vite pour eux; le premier avait joui déjà deux fois dans ce petit être qui était à moi, et à qui j'appartenais. Alors il a sorti son coutelas, et a commencé à découper ce petit visage que j'aimais tant. Il en a retiré toute la peau, et je la voyais, les yeux révulsés, un cri silencieux et gargouillant, alors qu'ils lui faisaient subir mille torture. Puis l'un des deux s'est approché de moi, alors que je hurlais depuis plusieurs minutes, les yeux embués de larmes, mais incapable de détacher le regard de cette petite chose adorable qu'on assassinait devant moi.

Il m'a planté son couteau dans l'bide, et j'ai profité de la sensation. La souffrance physique était celle qu'avait ressenti ma Eryn, alors je voulais la sentir aussi.

Elle n'était pas encore éteinte quand mes yeux se sont voilés; l'autre s'amusait encore avec ses nerfs et ses tendons, la faisant bouger comme une marionnette, et son cri silencieux ne s'arrêtait pas, et ses grands yeux me fixaient, implorants, pleurant, apeurés, choqués par tant de violence.Et moi je tenais, je m'accrochais à la vie, avec mon Leitmotiv :

Elle s'appelait Eryn.

Elle s'appelait Eryn.

Elle s'appelait Ery...

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"067" By Bordon, edited by Mannaroth / Sup4m0nkey / Brainless Jester.